Conseil National du Numérique : sabordage et bug politique

Après la démission de sa présidente et de la quasi-totalité de ses membres, le Conseil National du Numérique est devenu une coquille vide. Le secrétariat d’Etat au numérique réfléchit à de nouvelles nominations en 2018.

Quel gâchis ! La séquence de la nomination/démission au sein du Conseil National du numérique a tourné au fiasco politique et interroge sur l’action d’une structure en quête de direction. Rappel des faits, Mounir Mahjoubi, secrétaire d’Etat en charge du Numérique et ancien président du CNNum, a confié les commandes de l’organisme en charge de réfléchir et de proposer des actions dans le domaine du numérique, à Marie Ekeland, une entrepreneuse spécialisée dans le financement des start-ups. Celle-ci compose une liste de membres et la publie le 11 décembre dernier. Les participants sont hétéroclites avec un rappeur Axiom et une essayiste, Rokhaya Diallo. Mais la nomination de la militante anti-raciste a du mal à passer dans la classe politique après des propos sur la notion de « racisme d’Etat ». Mounir Mahjoubi, sous pression, a demandé à Marie Ekeland de revoir sa copie (pourtant entérinée par un décret du Premier Ministre) afin de remplacer Rokhaya Diallo.

Un effet domino

Désavouée dans ses choix et sans soutien de l’exécutif, Marie Ekeland a annoncé sa démission. Un texte subtil et très réaliste, « le projet que j’ai porté d’ouverture, d’indépendance de pensée et de diversité a été mis à l’épreuve dès le démarrage. Je ne vois pas aujourd’hui comment continuer à le porter en maintenant son essence et de bonnes chances de réussite ». Le secrétaire d’Etat a pris acte de cette décision en rappelant que le CNNum « doit être proche du gouvernement » et d’ajouter qu’il a « besoin de sérénité pour travailler ».

L’effet domino n’a pas traîné. 27 membres du CNNum ont annoncé collectivement leur départ dans une tribune reprenant le titre de la lettre de Marie Ekeland, « demain est un autre jour ». Au final, le CNNum n’est plus qu’une coquille vide et l’impact politique du cafouillage ministériel va laisser des traces. Le secrétariat d’Etat entend reprendre la main au début 2018 en composant un nouveau collège.

Un second souffle ou une fin annoncée ?

Mais cette affaire n’a-t-elle pas signée la fin du CNNum ? On peut gloser à l’infini sur l’indépendance d’un tel organisme et de sa gouvernance. Un sujet aussi vieux que le sexe des anges, mais qui revient comme une antienne à chaque crise. Celle-ci existe, certes, mais le mal est peut-être plus profond. Le rôle du CNNum a eu son heure de gloire sous l’ère Hollande et ses propositions ont fortement inspiré la loi sur le numérique d’Axelle Lemaire. Une osmose remarquable et éphémère. Depuis le départ de Mounir Mahjoubi de la présidence, le bateau CNNum en mal de capitaine erre sur l’océan numérique.

Le secrétaire d’Etat y croit encore en souhaitant que le futur Conseil soit composé « d’experts du numérique et aussi une plus grande représentativité des quartiers, de la ruralité ». Une composition qui devra relever un grand défi: ne pas être perçu comme un « comité Théodule » lié au gouvernement et ouvert sur le monde extérieur. Une autre crise lui serait certainement fatale et l’image de Mounir Mahjoubi encore un peu plus ternie.

Crédit Photo : D.R

 

Auteur : Jacques Cheminat

Journaliste pendant 15 ans sur les thématiques, télécoms, réseaux, datacenter, stockage, sécurité, virtualisation, etc..., j'ai choisi d'ouvrir ce blog pour écrire sur tous les sujets IT, les tendances et mes humeurs.

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